MeeGo: moblin + maemo, une distribution avec du potentiel

Il y a peu de temps je cherchais un système d’exploitation pour mes parents néophytes en informatique. Celui retenu était Ubuntu Netbook Edition, et parmi les candidats éliminés il y avait Moblin et son pendant ubuntuesque Moblin Netbook Remix.
Cependant Moblin (soutenu par Intel) est revenu sous une nouvelle mouture suite à sa fusion avec le projet Maemo (sponsorisé par Nokia pour ses tablettes mobiles) et de cette fusion est né Meego, dont le nom « étrange » évoque probablement que cet OS se destine aux appareils mobiles et qu’il compte placer l’utilisateur au centre.

J’ai donc voulu tester MeeGo dans sa version Netbook et voir finalement ce que cela donne…

Quoi de neuf pour Meego?

Une meilleure intégration avec Gnome.
Taks pour la gestion des taches, Evolution pour les e-mails et le calendrier, Nautilus comme gestionnaire de fichier, Banshee (avec gstreamer en backend) pour lire musiques et vidéos, Empathy pour la messagerie instantanée, Network-Manager pour les connections réseau, etc… Le tout étant plutôt bien intégrés au niveau de la gestion des fenêtres mais surtout au niveau des fonctionnalités se retrouvant sur le dashboard et ses différentes activités.

Le système de packages RPM ainsi que YUM pour leur gestion, tout deux issus de Fedora,
Personnellement je préfère le système de gestion de paquets de debian. Mais de toute façon l’important c’est surtout le fait d’avoir un système de packaging bien rodé et ouvert qui permet de pouvoir compiler et distribuer facilement pour cette distribution, et même de créer des dépôts alternatifs pour ne pas être à la merci d’un « AppStore » d’un fabricant ou d’un ISP quelconque (car ces derniers ont souvent la fâcheuse tendance à considérer leurs clients comme des otages).

Un cycle de développement et de release tous les 6 mois
Largement inspiré des distributions les plus connues. Cela va permettre de donner plus de visibilité à Meego sur le web et dans les médias, de faire avancer le projet à marche forcée, et surtout de rassurer constructeurs et utilisateurs tentés de l’installer: ce n’est plus le Nième projet « proof of concept » d’OS, il s’agit désormais d’une vraie distribution avec son cycle de développement.
On peut critiquer ce cycle de développement car il induit de sortir des nouveautés à tout prix dans les délais même si c’est instable ou de prioritiser des choses inutiles et bling-bling juste pour du marketing (cf: controverse Ubuntu Vs Debian), mais dans la phase naissante/montante d’une distribution ça permet de donner un sacré coup de boost au projet.

Projet hébergé par la Linux Fundation
Donc le projet est libre et indépendant de Intel ou Nokia (ce qui est une bonne chose). Ça veut dire libre possibilité d’améliorer, d’adapter, de forker la distribution, mais aussi de réutiliser de bonnes idées ou composants logiciels dans d’autres projets.

openSUSE Build Service
Pour la générations des images le service OBS pourra permettre à qui veut de générer une image du système selon les spécificités voulues (packages, customization, architecture matérielle, …).

Une communauté
Un forum utilisateur ainsi qu’un wiki qui s’étoffe peu à peu, une mailing-list et un canal IRC pour les développeurs, des conférences et réunions, des soutiens de différents grands nom de l’industrie (Telecom, Software, Hardware).

Retour d’expérience

J’ai testé MeeGo (édition Netbook) sur mon fidèle Thinkpad T61 100% Intel (Core2Duo / Chipset graphique GMA X3100 / Wifi, Ethernet, son: Intel). Autant en live-DVD qu’en live-USB tout fonctionne nickel, matériel détecté et fonctionnel à 100%. En live-USB c’est d’une rapidité bleuffante.

C’est plus agréable à utiliser que Moblin ou Moblin-remix car l’intégration plus approfondie de Gnome a fait du bien.
J’entends par là par exemple la gestion des fenêtres qui étaient auparavant un désastre (pas de plein écran et redimensionnement des fenêtres impossible) pour toute application n’ayant pas fait l’objet d’adaptation pour l’interface Clutter/Mutter, c’est désormais bien mieux géré, plus harmonieux et plus souple.
D’autre part, auparavant chaque application lancée l’était dans un bureau virtuel différent (alias « Zone ») résultant une sacrée lourdeur à l’utilisation. Désormais c’est le standard Gnome dans la gestion des bureaux virtuels (toujours appelés « Zones »), donc plus souple et agréables. Toutes les fenêtres des applications vont par défaut sur le bureau (zone) 1, puis ensuite on déplace et on gère comme on veut.

L’intégration à l’interface globale de certains outils propre à Gnome est plutôt bien réussie. On n’a pas forcément l’impression d’utiliser ces applications Gnome mais ce sont bien elles qui font le boulot.
Vous pouvez cliquer pour agrandir les captures d’écran ci-dessous de Network-Manager et d’Empathy afin de vous rendre compte de l’intégration à l’interface globale:

Note: pour ceux qui ont l’habitude d’utiliser Gnome, ils retrouveront plus facilement leurs pas pour utiliser/adapter/customiser le système. Pour exemple Nautilus et le montage de répertoires distants, et le gestionnaire de thèmes de Gnome:

On peut ajouter / retirer / ordonner les onglets de l’interface globale comme on le veut.
Du coup si l’on n’a pas le fibre sociale exacerbée, on peut virer l’onglet dédié aux réseaux sociaux (Twitter/Last.fm).
Il est possible d’en rajouter d’autres, pour l’instant seulement 2 sont proposés: la gestion de l’historique du copier/coller et les gadgets Google. Mais les développeurs auront la possibilité d’en créer d’autres, ça promet de belles intégrations avec des outils usuels (perso j’y verrais bien un terminal disponible à tout moment).

Une base logicielle encore assez pauvre
MeeGo Garage (le Software Center/Apps Store de MeeGo) dispose de seulement 16 applications, quant à gpk-application (le Gestionnaire de paquets pour GNOME) fait office de petit poucet comparé à la base de paquet dans Synaptic pour Ubuntu.
Pas de paquets pour les codecs et conteneurs de medias autre que Theora et Ogg Vorbis… Il vous faudra compiler vous même si vous voulez écouter ou regarder des mp3, xvid, h264, aac, mp4, vmw, etc…

Installation
Plutôt séduit par MeeGo, j’ai voulu aller au-delà de l’utilisation en « live » et l’installer en dur sur mon ordinateur, afin de pouvoir conserver mes réglages et préférences. La procédure d’installation est très sympathique et accueillante.

Cependant grand bien m’a fait d’avoir lu pas mal de choses sur le web, le wiki et le forum avant de l’installer. Pour préserver mon système (Ubuntu, avec Grub2 comme gestionnaire de boot), j’ai du réaliser l’installation de façon un peu exotique (voir pourquoi plus bas dans la partie « Gestionnaire de boot »):
– Depuis Ubuntu avec Gparted, j’ai 2 crée nouvelles partitions: une de 250Mo et une autre de 4Go
– Toujours sous Ubuntu j’ai sauvegardé ma MBR (très important)
– lors de l’installation de MeeGo, j’ai opté pour le partitionnement manuel, avec la partition de 250Mo formatée en EXT3 montée comme « /boot » et la partition de 4Go formatée en BTRFS montée comme « / ».
– une fois l’installation terminée et finalisée, j’ai démarré sur un liveCD d’Ubuntu pour restaurer ma MBR. Là Grub re-fonctionne et permet de démarrer Ubuntu. Ensuite j’ai rajouté à grub une entrée pour MeeGo (via le fichier: /boot/grub/menu.lst). Ca donne quelque chose comme ça:

title Meego
root (hd0,6)
kernel /vmlinuz-2.6.33.3-11.1-netbook root=/dev/sda8 ro

(évidemment les références sont propres à mon partitionnement, mais vous pouvez en déduire la logique. Dans mon cas « /boot » est sur /sda7 = hd0,6 et « / » est sur /sda8)

Incertitudes, ou pourquoi attendre avant de l’installer?

Architecture logicielle
L’architecture logicielle choisie ne sera finalisée qu’en version 1.1 (sortie prévue cet automne 2010), la version 1.0 bien que fonctionnelle semble être plus une démonstration qu’une release stable au niveau de l’architecture.

Gestionnaire de boot
Le gestionnaire de boot n’est pas flexible pour un sous: il prend la main et dégomme la MBR, il ne cohabite pas avec Grub, pas d’auto-détection des autres systèmes installés. Pour ceux qui ont Windows d’installé il faudra aller rajouter à la main (un petit coup par la console et VI) l’entrée pour votre système. Pour ceux ayant un Nux installé c’est plus galère car il faudra prévoir au-préalable de bouger Grub ou Lilo de votre système ailleurs qu’en MBR (sur une partition /boot par exemple) puis faire la manip manuelle, ou bien faire comme moi: sauvegarder la MBR avant installation de MeeGo puis la restaurer après.

Base logicielle trop légère pour des utilisateurs lambdas
C’est encore réservé aux geeks, les vrais, ceux qui peuvent lancer un terminal pour faire autre chose que ce que le système leur impose ou pour compiler les outils qui leur maquent, pas ceux décrits dans les médias et qui se contentent d’acheter des ipads ou des iphones et de gazouiller sur Facebook. Ces derniers devront attendre une prochaine version 1.1 en automne ou fin 2010 pour la pré-installation directe sur les netbooks neufs et tablettes du marché.

GTK Vs Qt
Quasiment tout le système de MeeGo Netbook est construit sur une base Gnome/GTK alors que le projet MeeGo recommande aux développeurs d’applications d’utiliser Qt et des API Qt. Ça peut sembler très incohérent comme positionnement surtout pour la version Netbook de MeeGo, mais ça peut se comprend à un autre niveau stratégique: Trolltech qui développe Qt appartient à Nokia (co-sponsor de MeeGo) qui essaye surement de placer ses pions… d’autre part MeeGo va tenter de toucher aussi d’autre marchés comme les téléviseurs, les smartphones, tablettes tactiles, ordinateurs end-user embarqués en voitures,… où Qt sera probablement plus léger sur ce genre d’environnement hardware, notamment avec écrans tactiles. Mais quid de la cohabitation GTK et Qt?

Support matériel
Bon c’est là où ça pêche car Intel pense évidemment à lui-même, donc Meego ne supporte que des plateformes 100% Intel (processeur ET carte graphique), la fonction SSSE3 est obligatoire (cpu: Atom, Core2Duo, Core i).
Nokia quant à lui s’occupe du portage sur ARM pour sa plateforme N900.
Mais le projet est libre, donc cela permet à terme de le porter pour d’autres architectures et composants matériels.

Conclusion

La version 1.0 est encore immature pour une utilisation en production, et de surcroit pour l’utilisateur moyen. Son numéro de versionning est à mon avis galvaudé car il laisse penser à une release stable et robuste, j’aurai plutôt opté pour l’appeler MeeGo 0.9 pour ma part.
Si l’on considère que cette version n’est pas une release stable mais une preview, on peut alors lui passer ses défauts de jeunesse (stabilité, bugs, manque de complétude) et MeeGo s’avère très convainquant. Tellement convainquant que j’ai voulu l’installer et le garder comme second système (en cohabitation avec Ubuntu). Il me servira comme système joli, rapide et simple lorsque je n’ai que des utilisations non-créatrices passives à faire: web/mail/IM/détente multimedia.

Je pense que MeeGo a tous les atouts pour réussir et devenir une distribution majeure (une bonne base libre et ouverte et des soutiens de poids), et pourquoi pas pré-installé en standard OEM sur les netbooks en cohabitation avec le sempiternel Windows, là où Xandros et d’autres ont été un échec. Néanmoins ce succès ne viendra que si des développeurs se rallient en nombre au projet, que la base logicielle s’étoffe considérablement et que le support matériel soit bien plus vaste.
Il peut même faire venir sur Linux des éditeurs logiciels traditionnellement cantonnés à l’univers Windows (ex: Cyberlink qui va porter PowerDVD pour MeeGo).
Néanmoins, la concurrence peut se faire rapidement ne serait-ce que de la part des distributions existantes: l’intégration de certains composants et de l’interface utilisateurs doit être assez aisée à faire pour d’autres distributions (Mandriva prépare déjà sa version « MeeGo » de Mandriva Mini…).

Si vous avez du matériel pleinement compatible (CPU: Atom, Core2Duo, Core i / carte graphique Intel / Pas de puce wifi Broadcom), je vous conseille de tester MeeGo au moins en liveCD ou liveUSB.

5 thoughts on “MeeGo: moblin + maemo, une distribution avec du potentiel”

  1. oward says:

    très chouette ce MeeGo! testé sur un Intel Classmate destiné à ma fille, cela marche très bien y compris l’écran tactile. Manque un peu de stabilité quand même… vivement la 1.1 en octobre!

  2. tof says:

    Finalement la version stable ne se numérotera pas 1.1 mais 1.2, sortie toujours prévue à une date inconnue courant de cet automne.

  3. HaS says:

    Une petite question. J’aimerais bien testé MeeGo 1.2 sur mon notebook avant d’investir réellement. Par contre lorsque j’install je me retrouve avec un écran noir lors du démarrage de MeeGo. Or là je vois qu’il faut un config 100% Intel. J’ai un core2duo MAIS ma CG est une Nvidia. Cela peut causer ce bug ? Merci d’avance pour vos réponse.

  4. tof says:

    Oui c’est du 100% Intel: processeur ET carte graphique. Sans cela pas de démarrage.
    J’avais entendu que AMD devrait participer au projet pour rendre ses nouvelles plateformes compatible, mais je n’ai rien vu venir…
    Quant à Nvidia, les seuls développements de Meego qui sont fait pour ce fondeur le sont pour sa plateforme ARM Tegra2 (donc clairement pas pour les PC/Netbook conventionnels).
    C’est rappé pour ta config.

  5. HaS says:

    =( Merci pour ta réponse, je voulais vraiment essayer cette os qui m’a l’air super bien.

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